Mon enfant a peur d’entrer à l’école ! Pourquoi? Que faire?

Voici une interrogation récurrente des parents à l’approche de la rentrée. Il suffit d’observer l’entrée d’une classe de maternelle début septembre : certains enfants vont courir dans la classe avec le sourire alors que d’autres  vivent très mal ce moment. Mais peut-être qu’en prenant un peu de recul et en observant les parents, nous pourrions faire un constat similaire…

L’entrée en maternelle

  La première chose à faire est de se mettre à la place de votre enfant. Imaginez-vous lors de ce moment : c’est votre première entrée dans un lieu dont vous ne savez pas grand chose à part le nom. Après avoir passé 3 ans parfois exclusivement avec vos parents, on vous met dans un lieu que vous ne connaissez pas, avec des adultes et des enfants que vous ne connaissez pas. Et après un rapide “Bon, à ce soir !”, vos parents partent.

La séparation et la confrontation à des personnes extérieures génèrent naturellement du stress dès la naissance. Mais en fonction des individus et de l’environnement des premières années, les enfants vont vivre l’entrée en maternelle de manière différente.

Théorie de l’attachement

  Après la seconde guerre mondiale, le psychiatre John Bowlby a réalisé des observations sur la santé mentale des enfants sans foyer. Ses recherches vont mettre en lumière les réactions de ces enfants face à la séparation. Il décrit ainsi un système motivationnel d’attachement ayant pour objectif la proximité physique et le réconfort avec la figure d’attachement. De fait,  l’enfant est avant tout en recherche de sécurité. En d’autres termes, les besoins d’attachements de l’enfant doivent être satisfaits pour qu’il ose s’éloigner en toute sécurité de manière à explorer le monde.

Les enfants qui entrent à l’école peuvent se classer en quatre types principaux en fonction de leurs réactions face à une situation de séparation :

  1. l’attachement secure (52%) : la relation entre l’enfant et sa figure d’attachement est cohérente, équilibrée et appropriée. Les parents répondent correctement à ses besoins et lui apportent affection et attention. Dans les expériences, ces enfants vont rechercher le réconfort au moment de la séparation, ils peuvent râler ou pleurer mais ils se calment rapidement. Ils sont actifs, à l’aise socialement et aiment explorer le monde avec plus ou moins d’indépendance.
    Pour ces enfants, l’entrée en maternelle ne pose pas vraiment de problème. S’ils se sentent en sécurité dans la classe, ils vont rapidement entrer dans les apprentissages.
  2. l’attachement insecure évitant (17%) : lors d’une séparation, l’enfant semble détaché de la situation et ne regarde pas le parent partir. Lors des retrouvailles, il se montre indifférent ou évite le contact pour se concentrer sur ses jouets par exemple. Parfois, ces enfants pleurent facilement, paniquent lors de la séparation et sont en colère lors des retrouvailles. Pour les chercheurs, ceci est un mécanisme de défense et une adaptation face à un environnement rejetant (une maman peu disponible pour répondre aux besoins de son enfant, un rejet de tout contact physique,colères, moqueries,..).
    En contexte scolaire, ils montrent peu d’émotions, expriment peu leurs besoins mais restent attentifs pour éviter tout rejet. Les études montrent que ces enfants sont moins adaptés au système scolaire : ils sont souvent agressifs, moqueurs, dépendants et autocentrés.
  3. l’attachement insecure ambivalent (11%) : ces enfants vont s’opposer lors de la séparation et ne pas se rassurer même lors du retour de la figure d’attachement. Ce sont des enfants très anxieux qui peuvent utiliser très vite le langage dans le but de manipuler les autres et ainsi maintenir le lien (séduction, plaintes, mensonges,..). L’inconstance des réponses de la figure d’attachement semble être à l’origine de ce type de profil.
    À l’école, l’angoisse de séparation est trop envahissante pour qu’ils puissent explorer le monde et ainsi se mettre au travail. Ils sont centrés sur eux-mêmes et acceptent difficilement la critique.
  4. l’attachement désorganisé (20%) : ces enfants présentent des attitudes inconsistantes et contradictoires. Ainsi, ils peuvent chercher le contact physique de la figure d’attachement sans la regarder ou pleurer au moment de la séparation mais sans chercher à aller vers elle. Les recherches montrent une grande fréquence de type de profil chez les enfants victimes de violence et de maltraitance. Un autre prédicteur important est le décès d’un parent pendant l’enfance.
    Ces enfants semblent imprévisibles, stressés et vivent difficilement la plupart de leurs relations.

Comment les aider ?

La première chose est déjà de vous détendre. Votre enfant va entrer à l’école comme de nombreux autres avant lui et après quelques jours tout ira bien. Même si ce sujet reste peu abordé en formation initiale, les enseignants de petite section possèdent une solide expérience en la matière et ils préparent pendant toutes les vacances des choses dont vous n’avez pas idée. Pour les enseignants débutants, je vous conseille vivement la lecture du livre de Maryse Métra La première rentrée qui évoque la séparation, les enjeux d’une prévention précoce et l’accueil en maternelle. C’est le genre d’ouvrage qui bouleverse votre manière d’exercer votre métier.

Septembre se prépare bien à l’avance à la maison. En famille, vous pouvez parler de l’école, répondre à ses questions, évoquer les adultes présents ou les activités possibles. Pourquoi ne pas lui raconter un souvenir de votre scolarité, le principal était de tenir un discours positif et rassurant sur l’école. Votre enfant sait ce qu’il va quitter mais sans savoir ce qu’il va y trouver alors c’est tout à fait normal d’avoir peur. Écoutez-le, mettez des mots sur ses sentiments, dessinez avec lui et dédramatisez la situation.

La première rentrée est également une bonne occasion d’avancer vers son autonomie, en l’associant à la préparation de ses affaires par exemple. Vous pouvez lui confier des responsabilités à la maison et mettre en place des petits rituels qui vont le rassurer tout au long de l’année. La planification va permettre à l’enfant de se projeter mais aussi de se construire des repères temporels (faire une croix dans le calendrier jusqu’au jour de la rentrée, décider de sa tenue et du doudou à laisser à l’école).

Si l’école le propose, profitez des petits temps dans la classe qui peuvent se mettre en place en juin. C’est l’occasion de découvrir l’école, de rencontrer les adultes et d’explorer avec la présence des parents. Et pour vous, c’est toujours très riche de vivre un moment de classe : jouer avec lui, partager une récréation ou une collation. Parfois, une psychologue scolaire ou un membre du réseau d’aides est présent pour répondre à vos questions. Ce type de dispositif aide l’enfant à se représenter l’école car il a vécu une vraie expérience.

Enfin, n’hésitez pas à utiliser la littérature de jeunesse pour aborder ce thème. Il existe de nombreux livres qui peuvent accompagner toute la famille pour préparer la rentrée. Vous trouverez très bientôt une liste détaillée des albums pertinents que vous pouvez lui lire le soir par exemple.

Et le jour J ?

Bon voilà, c’est aujourd’hui le grand jour ! On prend soin de le réveiller un peu en avance, de se préparer en gardant le sourire et en positivant. N’oubliez pas que votre enfant perçoit très facilement vos émotions et que cela va influencer fortement son attitude.

Un petit truc qui fonctionne relativement bien est de lui confier un petit dessin de maman ou de papa. Ce dessin restera dans la poche mais en cas de besoin, l’enfant pourra le regarder et penser à vous. Comme pour le doudou, les objets transitionnels aident l’enfant à explorer le monde sans les parents car il va pouvoir penser à eux tout de même et être rassuré.

Sur le chemin de l’école, essayez d’imaginer ensemble ce qu’il va faire aujourd’hui, les grands moments de la journée ou planifiez les retrouvailles. Une fois devant la porte de la classe, laissez-le gérer et adaptez-vous à ses réactions. Pas la peine de rester trop longtemps, il entrera certainement rapidement et avec le sourire. Profitez de votre journée d’adulte, il est entre de bonnes mains avec l’enseignante.

 

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